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Le
Chambon-sur-Lignon
Haute-loire.
Le midi de l'Auvergne
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La
Montagne protestante, terre d'accueil et de résistance pendant
la seconde guerre mondiale (1939 - 1945) |

Plaque commémorative des Juifs rescapés. Le Chambon.
1979
Quelque part à la frontière de la Haute-Loire et de
l’Ardèche, par des routes en lacets, on atteint les bourgs
du Mazet Saint-Voy, de Fay-sur-Lignon, de Freycenet, de Saint-Jeures,
de Tence, des Vastres, du Chambon-sur-Lignon, de Mars, de Devesset
et de Saint-Agrève. Tous ces villages sont perchés à
près de 1000 mètres d’altitude entre le ciel qui
enveloppe et cerne une terre couverte de forêts noires et fleurie
au printemps de jonquilles mais aussi d’eau : le Lignon et l’Eyrieux
y coulent en méandres au fond des vallons.
En hiver, lorsque la burle balaie les espaces et entasse la neige
en congères, l’accès du « Plateau »,
à une heure de route de Saint-Etienne et de Valence, est délicat.
C’est alors que les habitants de l’endroit paraissent
en harmonie avec cette apparente solitude glacée.
Au cœur des villages aux robustes maisons coiffées de
toits de tuiles et parfois de lauzes, une discrète plaque commémorative
rédigée en partie en hébreu porte l’inscription
suivante : « Hommage à la communauté protestante
de cette terre cévenole, et à tous ceux entraînés
par son exemple, croyants de toutes confessions et non croyants, qui,
pendant la guerre 1939-1945, faisant bloc contre les crimes nazis
ont au péril de leur vie, sous l’Occupation, caché,
protégé, sauvé par milliers tous les persécutés.
Le souvenir du Juste restera pour toujours. Psaume CXII-6 ».
Pour
le grand public, les noms de Plateau Vivarais-Lignon et de Chambon-sur-Lignon
sont devenus emblématiques dans les années 1980 lorsque
toute une littérature traitant de la période 39-45 a
été publiée dans les livres et dans la presse
écrite.
Des
livres, des films, des sites
Livres
et articles :
- Hallie Philippe, Le sang des innocents. Le
Chambon-sur-Lignon, village sauveur, éd. Stock, 1980.
- Boegner Philippe, Ici, on a aimé les juifs, éd.
J.-C. Lattés, 1982.
- Bolle Pierre (dir.), Le Plateau Vivarais-Lignon, accueil et
résistance : 1939-1945, éd. S.H.M., 1992.
- Bollon Gérard, Contribution à l’histoire
du Chambon-sur-Lignon : le foyer universitaire des Roches et
la rafle de 1943, éd. Cahiers de la Haute-Loire, 1996.
- Stupp François, Réfugié au pays des Justes
– Araules 1942-1944, éd. du Roure, 1997.
Films : - Sauvage Pierre, Les Armes
de l’Esprit, 90 minutes VHS, 1990. - Lorenzi Jean-Louis,
La colline aux mille enfants, 102 minutes VHS, 1996.
Sites internet :
- http://www.chambon.org
- http://orussier.free.fr
- http://parcoursdelamemoire.monsite.wanadoo.fr |
Pourtant
depuis des siècles, les 11 000 habitants du Plateau, population
à forte majorité protestante et composée essentiellement
d’agriculteurs, ont pratiqué une tradition d’accueil
et de refuge. Cette hospitalité est fondée sur les préceptes
bibliques du « Sermon sur la Montagne » et des béatitudes
: « Partage ton pain… accueille et protège l’étranger…
aide et aime ton prochain… ».
Convertis à la Réforme vers 1560, dans le sillage des
prêtres et des hobereaux de campagne, les huguenots de la Montagne
ont vécu de difficiles et parfois terribles épreuves
au XVIIIème siècle : abjurations forcées, dragonnades,
amendes, arrestations, condamnations aux galères ou au «
brevet de potence ». Ces drames se sont alors inscrits dans
la mémoire collective et ont suscité une solidarité
à la fois sociologique et religieuse, qui existe encore de
nos jours.
Une longue tradition d’accueil
:
Il
semble qu’on ne peut pas être bourreau lorsqu’on
a été victime. C’est ainsi que bien avant les
années sombres de l’Occupation, le Plateau Vivarais-Velay
accueille et donne asile aux persécutés et déshérités.
Au temps de la Révolution de 1789, les prêtres réfractaires
à la Constitution civile du clergé trouvent à
Devesset, à Saint-Voy, des « caches secrètes »
mises en place par des familles protestantes leur offrant ainsi un
abri contre les persécutions et « tous les secours que
commande l’humanité ».
Puis à la fin du XIXème siècle, jusqu’en
1939, l’Oeuvre des « Enfants à la Montagne »
créée par le pasteur Louis Comte en faveur des enfants
« sans joie » et miséreux des bassins miniers de
la région de Saint-Etienne, permet à plus de 110000
petits citadins de reprendre des forces en vivant quelques mois dans
les fermes de la Montagne. Cette importante action caritative et presque
philanthropique est aussi hautement significative de l’esprit
œcuménique et bienveillant qui animent les communautés
villageoises de l’ensemble du Plateau .
Le souci des plus pauvres et des plus déshérités
se double dans les années d’avant guerre, notamment lors
de la guerre civile espagnole, de l’accueil de nombreuses familles
de républicains qui fuient leur pays de 1937 à 1939.
Plusieurs centaines de réfugiés, principalement des
femmes et des enfants gagnent le Plateau et l’Yssingelais.
| Témoignage
d’un enfant espagnol, Jean Lopez
« Je suis rentré en France en mars 1939, enfermé
successivement dans les camps d’internement d’Argelés,
de Gurs dans les Basses-Pyrénées puis d’Agde
et de Rivesaltes... Après plusieurs mois d’internement,
j’ai la chance de quitter le camp avec vingt autres enfants
grâce à l’action du Secours Suisse …
direction le Chambon où nous arrivons par le petit train.
Il y avait un mètre de neige … On se retrouve dans
un chalet dit des Barandons tenu par un major de l’Armée
du Salut … Après nous avoir réchauffé,
on passe à table … la cuisinière apporte
des plats où il y avait de la purée de pommes
de terre avec de la chair à saucisse grillée.
J’avais 12 ans et je pleure … Après souper,
on nous met au lit, chacun son lit … puis réveil,
petit déjeuner avec des tartines au beurre et chicorée
au lait … C’était bon. Les chambonnais se
sont mobilisés pour nous porter des galoches, des vêtements
… après on était habillé comme tout
le monde … ». |
Enfin,
dans les années qui précèdent le second conflit
mondial, arrivent les premiers réfugiés autrichiens
et allemands qui fuient le nazisme. Ceux qui possèdent du bien
prennent pension dans les hôtels. Pour ceux qui ont été
chassés de leurs pays et qui ont pratiquement tout perdu, il
faut chercher des solutions chez l’habitant au coup par coup.
Tel est le sort des épouses et des enfants de 117 anti-nazis
juifs internés quelques mois en 1939-1940 au camp de la Papeterie
à Tence. Elles viennent de Berlin, Cologne, Breslau, Nuremberg,
Munich, Manheim, Vienne… Ainsi le long passé de cet accueil
permet une solidarité spontanée, dès le début
de la guerre, entre deux minorités juive et protestante sachant
ce que sont les persécutions et qui ont une parenté
spirituelle entre lecteurs d’un même livre, l’Ancien
Testament. Elles ne peuvent donc s’ignorer.
Une conspiration réussie de la
bonté.
Les
habitants du Plateau ne découvrent pas l’antisémitisme
et le totalitarisme en octobre 1940 avec les premières lois
anti-juives. Ils y ont été sensibilisés dès
1933 avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler. La revue
du « Christianisme social » est lue sur le Plateau et
bien des foyers reçoivent « L’Echo de la Montagne
», mensuel confessionnel, qui propose de nombreux articles sur
la question.
Dans les 13 paroisses de la Montagne se succèdent pas moins
de 23 pasteurs : au Chambon même se sont Edouard Theis, André
Trocmé, Noël Poivre ; au Mazet Saint Voy c’est Marcel
Jeannet, à Tence Roland Lenhardt, à Fay-sur-Lignon arrive
le jeune pasteur suisse Daniel Curtet, à Montbuzat Daniel Besson
, à Freycenet Charles Delizy, à Devesset André
Morel, à Mars Georges Gruner…
Tous informent leurs paroissiens, tout au long des années de
guerre, sur le problème des réfugiés et des persécutés.
Charles Guillon, « l’oncle Charles » comme on l’appelle,
l’ancien pasteur et maire du Chambon, dans une lettre adressée
aux habitants du pays, en octobre 1938, fait part de ses craintes
« de voir de grands empires se reconstituer, s’opposer
les uns aux autres et nous imposer des systèmes totalitaires
». Il remercie aussi ses concitoyens d’avoir reçu
avec désintéressement toutes les personnes fuyant les
pays d’Europe centrale et de « s’être préparés
à recevoir dans vos maisons des centaines d’enfants que
l’on voudrait nous confier pour les mettre à l’abri
».
| Oncle
Charles.
Guillon Charles (1883-1965), pasteur, maire du Chambon-sur-Lignon,
secrétaire de l’Alliance universelle des Unions
Chrétiennes, Président du Conseil Général
de la Haute-Loire.Pendant la deuxième guerre mondiale,
Guillon mène une double existence. Il n’accepte
pas le régime de Vichy, donne sa démission de
maire et, en juillet 40, organise l’accueil des réfugiés
au Chambon. Il prend à Genève la charge des juifs
et chrétiens venant de France. Il est aussi le correspondant
de l’organisation caritative la CIMADE et le représentant
de la France libre auprès de la Croix Rouge internationale.
Clandestinement il convoie des fonds très importants
destinés aux maisons d’accueil du Plateau, notamment
le « Coteau Fleuri ». Il est recherché par
la police de Vichy et le SD allemand. Il entre enfin dans le
réseau « Gilbert » du colonel Groussard. |
Progressivement
les villageois et les paysans des campagnes prennent conscience du
danger qui menace le « peuple de la Bible ». Ils entrent
dès l’automne 1940 en résistance spirituelle,
guidés en cela par leurs pasteurs qui clament « il faut
obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».
Au milieu de l’été 1942 lorsque commence le temps
des rafles de juifs étrangers puis français la résistance
civile pour les uns, plus tard armée pour les autres, s’oppose
d’abord au régime de Vichy de Pétain. Les quelques
communautés catholiques du Plateau s’unissent alors,
par osmose, aux protestants réformés, libristes ou darbystes
pour sauver les juifs pourchassés. Il est en définitive
apparu comme une normalité pour les habitants de tous bords
de la région, fermiers, artisans, éducateurs…
d’ouvrir leur porte « aux Juifs errants » et de
transformer chaque ferme en refuge, chaque cuisine en asile.
Ainsi se forme l’accueil réservé aux réfugiés,
jeunes et vieux, pauvres et riches, par toute une population dont
la bonté, la discrétion, le respect de l’autre,
ont été les éléments de base dans ce qui
reste le plus important des sauvetages collectifs de Juifs en France
pendant l’Occupation.
Bien des hommes y contribuent tels les éducateurs Auguste Bohny,
Daniel Trocmé, les médecins Barrault, Le Forestier,
les enseignants Darcissac, Bernard, Ruel et une foule d’anonymes,
humbles paysans qui procurent gîte et couvert aux familles des
persécutés. N’oublions pas le rôle des femmes,
chevilles ouvrières de la vie quotidienne du Refuge, souvent
anonymes, mais aussi quelques fois heureusement reconnues.
| Le
rôle de quelques femmes dans la tourmente.
L’histoire retient aujourd’hui encore l’action
de Mireille Philip, épouse d’André, ministre
du gouvernement d’Alger. Elle camoufle des Juifs, participe
aux filières d’évasion vers la Suisse, puis
à la résistance armée. De même Dora
Rivière, Madeleine Dreyfus et Simone Mairesse dont le
rôle consiste à trouver des protections et placer
dans les fermes du Plateau, tous ceux qui sont menacés
par les lois de Vichy : Juifs, réfractaires, résistants.
Bien sûr évoquons Magda Trocmé souvent citée
pour son courage, mais aussi Lucie et Lydie Abel, hôtelières
à Fay-sur-Lignon, Mme Jouve aux Airelles, Mme Georgette
Barraud et sa fille Gabrielle qui dirigent la pension de famille
Beausoleil, ou encore Juliette Usach, protestante espagnole,
directrice de la pension d’enfants La Guespy au Chambon-sur-Lignon… |
Il faut sauver les enfants.
Dans
une brochure imprimée en 1943 « Le visage et l’âme
du Chambon » les responsables du Plateau décrivent les
diverses entreprises humanitaires qui s’occupent de sauver et
de placer dans des maisons d’innombrables jeunes enfants.
La petite musique suisse se fait entendre, une fois de plus, par la
présence du Secours Suisse lequel crée entre 1941 et
1942 trois maisons d’enfants : La Guespy (ou nid de guêpes),
L’Abric et Faïdoli.
Plusieurs centaines d’enfants, souvent juifs, extraits des camps
d’internement du Sud de la France, âgés de 4 à
12 ans, profitent d’une relative immunité de la part
du préfet de la Haute-Loire. Aux Grillons, au Coteau Fleuri,
au Foyer universitaire des Roches cohabitent des jeunes garçons
et des filles, mais aussi une trentaine d’étudiants de
17 à 35 ans ressortissants de presque tous les pays d’Europe
: Pologne, Autriche-Hongrie, Tchécoslovaquie, Allemagne, Roumanie,
Lituanie, Russie, Espagne, Luxembourg, Pays-Bas, Bulgarie… De
diverses confessions, ils sont presque tous victimes de la barbarie
nazie. Ils se nomment Joseph Atlas, Lili Braun, Manfred Goldberger,
Karl Heintz, Jacob Lewin, Alex Grotendiek dit « le poète
», Wladimir Protopopoff, José Martinez Vera…
Lorsqu’on peut retracer les itinéraires de ces enfants
dont les parents sont anti-nazis et souvent juifs, on les découvre
fuyant en mai-juin 40 les avancées de l’armée
allemande, aboutissant finalement dans les camps d’internement
de Gurs, de Rivesaltes, des Milles…
Extraits par miracle de ces camps par des organisations tel le Secours
Quakers, le Young Men’s Christian association (YMCA) ou encore
par l’Organisation de Secours aux Enfants (OSE) mais aussi la
CIMADE d’obédience protestante. Ils prennent enfin la
Galoche, petit train qui les conduit de Saint Etienne ou de La Voulte-sur
Rhône jusqu’en gare du Chambon-sur-Lignon ou de Saint-Agrève.
Organisations
d’aide aux réfugiés.
CIMADE : le sigle de Comité Inter-mouvements Auprès
Des Evacués est né en 1939, mouvement d’aide
aux internés par Vichy.Madeleine Barot, Jeanne Merle
d’Aubigné et bien d’autres équipières
s’installèrent à l’intérieur
des camps.
Quakers : mouvement d’origine américaine
qui apporte assistance alimentaire et médicale aux internés
et réfugiés juifs.
YMCA : Joung Men’s Christian Association, organisation
internationale d’un mouvement de jeunesse d’inspiration
protestante. Sur le Plateau elle est représentée
par Charles Guillon.
OSE : Organisation de Secours aux Enfants qui cache des
enfants juifs. André Chouraqui, réfugié
dans la commune de Tence, s’occupe de ces placements.
Secours Suisse : Croix Rouge, Secours aux enfants qui
crée plusieurs maisons sur le Plateau, en Savoie et dans
l’Ain. |
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Les jeunes pensionnaires
fréquentent sans problème l’école publique
des bourgs ou des hameaux. Les plus âgés ou doués
suivent l’enseignement secondaire de l’Ecole Nouvelle
Cévenole au Chambon. Chaque enfant est un cas particulier :
parents prisonniers, disparus, sans aucun point de repère…
Les séquelles de la tourmente se profilent déjà
pour eux en dépit du havre de paix que constitue le Plateau
Vivarais-Lignon. Les produits de la ferme, laitages, pommes de terre,
les nourrissent. Les faux-papiers établis par des secrétaires
de mairie et d’habiles faussaires, tel Oscar Rosowsky, les protègent.
Les filières de passage vers la Suisse avec Pierre Piton sauvent
les plus menacés.
La compassion inspire les consciences des autochtones, sans aucune
prétention d’action héroïque. Il est normal
d’accueillir indifféremment et sans dénonciation,
tous ceux, enfants ou adultes, qui ont besoin de protection ou tout
simplement d’affection.
Un
jour pourtant, à l’aube, fin juin 1943, la police allemande
fait une rafle à la maison des Roches au Chambon-sur-Lignon.
Alors que « d’ordinaire » comme en août 1942,
l’imminence de la rafle est annoncée discrètement,
peut-être par la gendarmerie ou la préfecture, le système
d’alerte ne fonctionne pas ce jour là.
Le 29 juin 1943, 19 jeunes hommes sont embarqués en camion
vers Moulins et sa prison « La Mal Coiffée » puis
à Compiègne et de là à Buchenwald, Maïdanek
ou Auschwitz. Les 5 étudiants morts dans le camp de concentration
d’Auschwitz sont : Georges Marx, Jacques Balter, Léonidas
Goldenberg, Hébert Wollstein, Charles Stern ; mais on ne sait
pas ce que sont devenus Robert Kimmen, Frantz Weiss, Herman Loewenstein,
Camille Wouters, Alexandre Le Haan, Klaus Simon.
Désormais le mythe du Chambon, village sanctuaire de la Montagne,
échappant aux lois d’une guerre barbare est brisé.
Ainsi donc aucune immunité n’a jamais été
totalement conféré au village, au Plateau et à
ses acteurs locaux.
Au delà, cette impunité est bien incomplète puisque
les représailles allemandes s’exercèrent aussi
le 18 janvier 1944 aux confins de la limite Ardèche-Haute-Loire
lors de l’arrestation de 15 « terroristes » du maquis
de Champagne, mais aussi le 22 avril 1944 dans le secteur de Montbuzat
et au hameau de Chièze avec le lâche assassinat de 9
maquisards et paysans. Rappelons aussi l’arrestation au Puy
le 5 août 1944 du docteur du Chambon-sur-Lignon, Roger Le Forestier,
et son assassinat par les nazis le 20 août 1944 au Fort de Lorette,
commune de St Genis Laval (69). Faut-il aussi négliger la famille
Nizard hébergée à Fay et raflée par des
français qui les livrent aux Allemands ?
Quelques pistes de recherches : Non
violence et banalité du Bien.
En
dépit de l’abondance des témoignages recueillis
depuis 1979, soit plusieurs centaines, en dépit aussi des autorisations
pour déroger aux délais légaux de communicabilité
des archives publiques, il subsiste encore bien des zones d’ombre
sur l’accueil des réfugiés.
D’abord les persécutés ne sont pas les seuls à
trouver refuge en Montagne : des réfractaires au Service du
Travail Obligatoire (STO) puis des « combattants de l’ombre
» se dissimulent dans de multiples fermes isolées formant
progressivement des maquis. Combien sont-ils ? Certainement plusieurs
centaines toujours à charge des paysans pour les problèmes
matériels de la vie quotidienne .
Mais alors combien de réfugiés sur le Plateau ?
De l’histoire légendaire racontée par quelques
journalistes en mal de chiffre symbolique, soit 5000 juifs accueillis
dans un bourg de 5000 habitants, à celle tout autant surprenante
affirmée par quelques historiens patentés qui après
de savants calculs parviennent au chiffre de 5 à 800 réfugiés
juifs, où se trouve la réalité ?
Depuis presque 25 ans nous dénombrons patiemment chaque rescapé,
chaque réfugié qui apparaît sur un document. Aujourd’hui
nous en sommes à 3458 noms !
Oui le Plateau est un lieu important pour l’accueil pendant
la seconde guerre mondiale. Il n’est pas le seul : d’autres
régions de France tel Dieulefit et la Drôme, St Germain
de Calberte et le Gard, Vabres et le Tarn, Chabannes et la Creuse
ont eu une attitude similaire…la différence tient peut
être au nombre plus conséquent en Ardèche et Haute-Loire
orientale.
Au delà de ces statistiques il subsiste toujours des pistes
d’étude inexplorées notamment autour de la non
violence, de la résistance spirituelle ou encore de la force
du Bien, symbolisée par les « Justes » qui ont
sauvé des vies.
Depuis longtemps l’enclave protestante de la Montagne «
manifeste une sensibilité particulière à toutes
ces questions liées à la non-violence qu’il s’agisse
du pacifisme des pasteurs Trocmé et Theis ou d’objection
de conscience avant et après la guerre ».
Cependant le critère de non-violence permet d’expliciter
les formes diverses d’adhésion à la résistance
qu’elle soit civile ou spirituelle. Ces « Armes de l’esprit
» exigent des capacités de discernement entre le supportable
et l’inadmissible, entre le Bien et le Mal . Le primat de la
conscience individuelle éclairée doublée d’engagements
faisant référence aux principes d’humanité,
invitent les autochtones en 1940-45 à résister, à
savoir dire « Non », parfois au péril de leur vie.
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